Scholastique Mukasonga
Dans le cadre des " Afrikales " rencontres africaines en Basse-Normandie du 18 octobre au 18 novembre 2007 auquel je participerai, voici les informations que j'ai pu recueillir sur les traditions et les techniques de l'art des Imigongo.
LES IMIGONGO
Un art traditionnel
L'art des imigongo est propre à une région située à l'est du Rwanda, près de la frontière de la Tanzanie, le Gisaka. Il s'agit de motifs abstaits, géométriques, proches de ceux que l'on trouve sur les vanneries, qui décoraient certaines parties de la grande hutte de chaume traditionnelle: les paravents de vannerie qui délimitaient les différentes pièces ou le soubassement de l'étagère où l'on déposait, à la place d'honneur, les barattes et les pots à lait.
Le Gisaka fut longtemps un puissant royaume qui ne fut intégré au Rwanda qu'au début du XIX° siècle. Les traditions attribuent l'invention des imigongo au roi du Gisaka, Kakira, fils de Kimenyi, dont le règne se situe à la fin du XVIII° siècle. La mode des imigongo se serait répandue par l'intermédiaire de jeunes filles ayant fréquenté la cour . Celles-ci, après leur mariage, décoraient la maison familiale avec les imigango et en enseignaient la technique à leurs filles. La mode des imigango se serait ainsi répandue dans tout le Gisaka.
On ne sait quel crédit il faut accorder à ces traditions qui mettaient en valeur l'art des imigongo en lui attribuant une origine royale. Il est certain que les imigongo, comme la vannerie, sont l'oeuvre exclusive des femmes et que leur fabrication fait toujours appel à une coopération entre voisines.
Le terme imigongo qui est un pluriel pourrait désigner la petite région, la colline, le Migongo, d'où cet art serait originaire mais il signifie aussi: dos, arêtes, crêtes, sens qui se réfèrent à l'évidence, à la technique des imigongo.
La technique des imigongo
L'art des imigongo relève de trois techniques: le dessin, le modelage, la peinture.
Le dessin
Les imigongo avaient traditionnellement pour support des paravents de vannerie; de nos jours, ils décorent les parois intérieurs des maisons de pisé qui ont peu à peu remplacé les grandes huttes. Plus récemment encore, ils s'appliquent sur des panneaux de bois comme les imigongo de la présente exposition.
L'artiste trace d'abord sur le support le motif choisi dans un répertoire fourni par la tradition. Le dessin s'effectue grâce à un bâtonnet de charbon de bois souvent remplacé aujourd'hui par un crayon.. C'est en suivant les lignes du dessin que va être appliquée et modelée la pâte qui constitue les imigongo.
Le modelage
La pâte à modeler consiste en de la bouse de vache ( ou de veau de préférence) mélangée à de l'urine du même animal et à de la cendre. La bouse de vache est considérée comme une matière noble par les éleveurs et sert à de nombreux usages.
L'artiste modèle, entre le pouce et l'index ou entre le deux index, un boudin de pâte qu'elle applique sur le surface à recouvrir en suivant très exactement les contours du motif. On obtient ainsi de fines crêtes et des sillons qu'on débarasse de toutes aspérités en les savonnant d'un liquide mousseux obtenu à partir d'une plante appelée umutobotobo (solanum acaleastrum). On laisse sécher au moins 24 heures avant de peindre le motif.
La peinture
Dans la tradition, les couleurs utilisées pour peindre les imigongo sont avant tout le noir et le blanc.
La couleur noire est obtenue à partir de la sève d'aloès mélangée à de la cendre de feuilles sèches de bananier. Les autres couleurs, le blanc, l'ocre, proviennent de pigments naturels: kaolin, argile, etc. Plusieurs couches sont nécessaires pour obtenir la nuance et l'effet désirés.
Les motifs
On ne possède pas d'inventaire complet des motifs. Des enquêtes seraient nécessaires. On citera quelques noms de ces motifs:
ishobe: du verbe gushoberwa: être imposible à réussir.
Motif réputé difficile: il est composé de losanges de
petites tailles.
Ivuba: triangles isocèles blancs et noirs alternés.
Umurazi: lignes brisées évoquant les méandres d'une rivière.
Umugongo w'inzovu: dos d'éléphants. Lignes courbes noires et
blanches;
L'association Kakira
La tradition des imigongo faillit disparaître avec le génocide de 1994. La plupart des femmes qui pratiquaient cet art, les anciennes qui conservaient le répertoire des motifs avaient été massacrées et les maisons décorées de peintures murales détruites.
Cependant les veuves rescapées renouèrent avec la tradition. Elles créèrent en 1997 une association qu'elles dénommèrent Kakira en hommage au roi réputé fondateur de leur art. Cependant la production restait peu importante car les femmes devaient continuer à cultiver leur champ pour nourrir leur famille.
A partir de 2001, l'association a bénéficié d'aides extérieures et d'actions de promotion qui ont permis de vendre leur production à Kigali, la capitale, et à l'étranger.
Grâce à ces contacts et ces échanges, les femmes de l'association Kakira ont su élargir et renouveler leur répertoire tout en conservant les techniques traditionnelles qui font des imigongo un précieux témoignage d'un art africain vivant et populaire.
Scholastique Mukasonga