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@photo Sophie Bassouls/ Toulouse 2010
Rebond à l'article du Monde du 13 août 2010
Ce vendredi 13 août, j'ouvre comme chaque matin le journal LE MONDE. Je découvre à la page 5 un article faisant le portrait du président du Rwanda récemment réélu,
Paul Kagame. Ma stupéfaction et ma colère sont grandes: comment un journal aussi sérieux peut-il se faire le porte-parole de la légende noire qu'essaient de distiller dans les médias les
négationnistes du génocide des Tutsi en 1994.
Voilà donc M. Kagame dépeint en aristocrate, monstre sanguinaire, se lavant les mains du sang de ses ennemis comme des siens, usurpant le pouvoir qui revient de
droit « au peuple majoritaire » puisque l'auteur de l'article le définit comme « un ex rebelle appartenant à une minorité (Tutsi) qui ne représente au mieux que 20% de la population »! Je me
frotte les yeux: ce texte n'est pas extrait d'une émission de la tristement célèbre Radio des Mille Collines mais du Monde, journal de référence.
Alors je dis: cela suffit. Les négationnistes de France ou d'ailleurs (et ils sont nombreux et quelques uns publient chez de «grands » éditeurs) sont confortés dans
leur idéologie. Ils n'en attendaient pas autant!
J'ai peur; oui, j'ai peur. Les survivants d'un génocide qui a fait en cent jours 1000 000 de morts ne peuvent plus supporter de tels propos qui font écho aux
théories raciales qui ont conduit au désastre . Un tel article les met en danger. Quel en est l'objectif? Raviver les haines, les divisions? Les rescapés, eux, n'ont rien oublié, quand ils
étaient seuls face à leurs bourreaux, quand la communauté internationale les avaient abandonnés, c'est bien celui que l'auteur de l'article nomme « le tueur d'innocents » qui a mis fin au
génocide.
J'appelle au secours. Le Rwanda a besoin de paix. La reconstruction du pays est en bonne voie, elle est spectaculaire. Le pays connaît un développement comme il
n'en avait jamais connu et qui fait l'étonnement du voyageur quand il se souvient de la désolation dans laquelle l'avait laissé dans sa fuite le gouvernement génocidaire en juillet
1994.
J'ai écrit quelques livres en hommage aux victimes du génocide. On a salué leur ton apaisé et serein. Je continuerai dans cette voie. Le temps des haines est du
passé, un passé qu'aucun Rwandais ne veut voir revenir.
Scholastique Mukasonga
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