
LA GLOIRE DE LA VACHE
Dans le Rwanda ancien, au temps où les bergers-poètes célébraient sa gloire, la vache représentait la suprême richesse et la suprême beauté.
Celles appelées Inyambo étaient considérées comme les plus belles de toutes. Elles étaient réservées au roi. De robe brune, elles étaient caractérisées par leurs longues cornes en forme de lyre, hautes d’environ 1m. 50 et d’une envergure de deux mètres.
Selon la tradition, les vaches Inyambo auraient été introduites sous le roi Yuhi Mazimpaka dont on peut situer le règne dans la première moitié du XVIII° siècle. Elles seraient venues du Karagwe, au bord du lac Victoria. Le premier troupeau fut nommé Akaganda (l’Indolent ?) et confié à un Mutwa de la cour. Les Batwa sont, comme on le sait, un groupe de la population rwandaise généralement spécialisé dans la poterie, mais on en trouvait à la cour royale où ils exerçaient les fonctions de musiciens, de maîtres à danser, de gardes du corps redoutés et de bourreaux.
Les Inyambo étaient l’objet de toutes les attentions et de tous les soins. Il fallait quatre à six pasteurs pour vingt-cinq bêtes. Leur charge était d’ailleurs héréditaire. De vastes pâturages, interdits aux autres bovins, leur étaient réservés.
Mazimpaka, selon la légende, leur vouait un amour passionné. Il avait fait éloigner les tambours, symboles par excellence de la légitimité et du pouvoir royal, pour que leurs battements ne troublent pas le troupeau. Il faisait répandre de l’hydromel sur l’herbe qu’elles allaient brouter. On a retenu le nom de sa vache favorite : Nyakahoza.
Les Inyambo étaient avant tout des animaux de parade. On les exposait ou on les faisait défiler, ornés pour la circonstance de parures de perles de verre, lors des grands rassemblements rituels. Elles avaient subi pour cela un long dressage.
Selon Jan Vansina (Le Rwanda ancien, p. 112), les vaches Inyambo symbolisaient
« la beauté royale, son autorité mystérieuse ». Elles étaient « l’expression la plus concrète du montant inouï de richesses que le peuple attribuait au roi, et celle de l’étendue
de son pouvoir puisque les Inyambo mobilisaient tant de terres, tant de personnels et requerraient tant de soins ».

Parade des vaches Inyambo à Kabgayi en 1953




Au Bugesera, un abreuvoir à vaches, iriba