Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 11:03

670px-L'Humanité.svg

                                                                                                     le 3 Mai 2012
Littérature

Vivre au Rwanda, avant le génocide

Dans son premier roman, Scholastique Mukasonga déchiffre les signes avant-coureurs de la catastrophe.

Notre-Dame-du-Nil, de Scholastique Mukasonga. Gallimard «Continents noirs». 222 pages, 17,90 euros. 

Scholastique Mukasonga est une rescapée du massacre des Tutsis par les Hutus qui eut lieu au Rwanda en 1994. Elle vit et travaille en Basse-Normandie. Ce premier roman vient de recevoir le prix prestigieux Ahmadou Kourouma au Salon du livre africain de Genève. Scholastique Mukasonga a déjà publié des nouvelles et des récits. Nous sommes au Rwanda, dans le lycée chrétien Notre-Dame-du-Nil, perché sur une des mille collines du pays, près des sources du Nil découvertes par la mission de Cock en 1924. C’est un lycée de filles de bonne famille pour 
la plupart, enfants de ministres, d’officiers supérieurs, d’hommes d’affaires ou de banquiers… Un quota « ethnique » limite à 10 % le nombre d’élèves tutsies.

La narratrice, qui utilise parfois le parler cru ou naïf des demoiselles, raconte la vie de l’établissement dans ce pays où les Hutus sont au pouvoir. En 1959, les Belges décidaient de renverser leur ancienne alliance avec les tutsis, lesquels revendiquaient alors leur volonté d’indépendance. Quelques lycéennes sortent du lot. Elles s’appellent Gloriosa, Modesta et Veronica. Gloriosa est la fille d’un grand homme d’État. Son père lui a donné le nom de Nyiramasuka, « Celle-de-la-houe », allusion au passé d’agriculteurs des Hutus. Elle est costaude, forte en gueule et raciste. Veronica est issue d’une famille tutsie modeste. C’est une excellente élève. Elle a été choisie pour ses qualités mais aussi pour répondre au fameux quota imposé. Modesta, enfin, est la fille d’un Hutu qui aurait voulu se faire Tutsi, « kwihutura comme on disait », se « déhutuhiser ». Il fait ainsi partie de ceux, très nombreux, qu’on appelait les « ikijakazi, les “ni l’un ni l’autre” ». Toute la complexité de la situation est ainsi mise en relief.

Scholastique Mukasonga s’intéresse au caractère radicalement social du langage en multipliant les expressions en kinyarwanda. Pour pimenter son récit, elle met aussi en scène un Blanc nommé M. de Fontenaille. Il vit dans la forêt à l’écart du monde. Il pressent le génocide à venir, persuadé que les Tutsis vont être exterminés ou que les exilés « se dilueraient de métissage en métissage ». Il prétend avoir fouillé la place et découvert les ossements de la reine des Tutsis, une femme noire venue d’Égypte. Elle ressemblerait étrangement à Veronica…

Scholastique Mukasonga parvient à restituer l’atmosphère d’une époque de terreur. Ce roman à l’écriture simple et directe, qui traite de tous les signes avant-coureurs de la catastrophe, met donc en 
jeu un microcosme que traversent des amitiés, des alliances et la haine.

Muriel Steinmetz

 

Retrouvez l'article en ligne sur :
http://www.humanite.fr/culture/vivre-au-rwanda-avant-le-genocide-495745

Par Scholastique Mukasonga
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés