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Mardi 10 avril 2007 2 10 /04 /Avr /2007 11:08

    

                                                            

                                                  sous la direction de Louis Henry
                                                               et de Jean-Claude Pattacini
       
Ce livre de photographies présente le témoignage inattendu et positif de   
        de jeunes photographes. Loin des caricatures sur les banlieues qui brûlent, 
        ce livre est dédié aux habitants qui aiment leur lieu de vie. 

      

Dedans/Dehors, Logements à Trappes extrait "Sentiers Urbains" Archibooks + sautereau éditeur

photographies de Amélie Radkiewicz, texte de Scholastique Mukasonga

                               

 

  Peut-il y avoir, pour l'exilé, d'autres maisons que celle dont il a été chassé? Au Rwanda, c'est la grande maison de chaume, la maison maternelle, tressée comme une vannerie. Ma mémoire essaie de retenir son image de plus en plus floue et les bruits familiers s'éloignent : les berceuses que chantait ma mère, les grincements de la pierre à moudre, les battements rythmés du pilon dans le mortier ...

Puis il y a eu les logements de l'exil : à Nyamata, les cases au toit de tôles des déportés (c'est là qu'en 1994, mes parents comme tous les autres déplacés furent massacrés); au Burundi, une vieille bâtisse coloniale délabrée (je m'abritais dans une de ces dépendances que les colons appelaient une " boyerie "); à Djibouti, un appartement au troisième étage d'un immeuble( pour la première fois, j'habitais à l'étage et je n'osais m'aventurer sur le balcon vertigineux qui donnait sur le port); en France, un F4 dans une ville nouvelle de Normandie (la nuit, les baies vitrées rougeoyaient des fournaises de l'usine métallurgique qui barrait l'horizon). mais ma mère, dans la case de torchis, dressa les trois pierres du foyer et reprit le fil interrompu de ces contes. Et dans la  " boyerie ", à la lueur de la lampe tempête, une bande de jeunes filles entrelaçaient leurs rêves d'avenir; et face au balcon interdit, mes amies djiboutiennes me confiait les souffrances de l'excision; et le rire de mes enfants se mélait au grodements lointain du haut-fourneau. Pour ceux qui, malgré tout, ont décidé de vivre, il y aura toujours une maison.

http://www.archibooks.com/fr/033.htm

Par Scholastique Mukasonga - Publié dans : scholastique.mukasonga
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