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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /2009 20:03
                             
           Les héros libérateurs au Rwanda : Abatabazi

 

Les traditions rwandaises connaissent sous le nom d'umutabazi (pluriel: abatabazi) des héros qui acceptent de donner leur vie pour sauver le Rwanda soit d'une invasion ennemie, soit d'une calamité naturelle. On pourrait traduire le terme par Libérateur ou Sauveur. On connaissait aussi des abatabazi qui ne pouvaient verser leur sang sur le sol de la patrie mais devaient se faire tuer en terre étrangère. Leur sacrifice permettait la conquête du royaume ennemi. Ils étaient appelés abatabazi w'umucengeri; mot qui signifie: « celui qui s'infiltre, l'espion ».


Les abatabazi étaient toujours des personnages de haut rang, voire le roi lui-même. Leur mémoire était vénérée par la postérité et la famille jouissait de grands privilèges.


Les traditions orales ont surtout retenu le sacrifice du roi Ruganzu Bwimba et de sa soeur Rwobe. Ruganzu Bwimba est le premier souverain de la liste canonique des rois du Rwanda transmise par la tradition, mais il s'agit d'un personnage plus légendaire qu'historique.

Le récit a été recueilli dans les années 50 auprès d'un conteur du nom de Gakanisha. Il a été traduit et publiés par A. Coupez et Th. Kamanzi dans leur ouvrage: Récits historiques du Rwanda ,Musée Royal d'Afrique Centrale (Annales séries Sciences humaines, 43), Tervuren, 1962, pp. 87-103.

Le récit de Gakanisha est long, parfois embrouillé, des digressions rendent certains passages difficiles à suivre. Je me contenterai donc d'utiliser le résumé qu'en a fait Luc de Heusch dans son ouvrage Rois nés d'un coeur de vache, les Essais CCXVIII, Gallimard, 1982, pp. 41-42. Par contre, je transcrirai intégralement, en suivant la traduction de A. Coupez et Th. Kamanzi, les passages décrivant la mort de Ruganzu Bwimba et de sa soeur Robwe.





LE SACRIFICE DE RUGANZU BWIMBA ET DE SA SOEUR ROBWE

 (d'après le résumé de Luc de Heusch)



Le roi Samukondo dont le nom de règne était Nsoro eut deux enfants de la même femme:une fille appelée Robwe et un garçon appelé Bwimba. Kimenyi, le roi du Gisaka, désirait épouser Robwe ( selon une autre tradition, non donnée par Gakanisha, un devin avait prédit à Kimenyi qu'il serait maître du Rwanda si Robwe mettait un enfant au monde). Le roi du Gisaka s'adressa à l'oncle de la jeune fille pour qu'il intercède auprès de son beau-frère. Nsoro refusa de donner sa fille à Kimenyi.

Peu avant de mourir, Nsoro convoqua ses deux enfants; il recommanda à sa fille d'être prête à se sacrifier pour le Rwanda au cas où elle serait contrainte d'épouser le roi du Gisaka.

Le deuil de Nsoro à peine levé, l'oncle maternel de Robwe envoya un messager à Kimenyi pour lui signifier que, désormais, il n'y avait plus d'obstacle au mariage avec Robwe. Les gens du Gisaka vinrent demander la main de Robwe à Bwimba qui avait été intronisé sous le nom de règne de Ruganzu. Bwimba consulta sa mère et son oncle maternel. La première laissa entendre qu'elle pourrait consentir au mariage. Le second hésitait. Bwimba les avertit du danger que ferait courir ce mariage. La mère et son frère jurèrent qu'ils étaient prêts à se sacrifier pour le Rwanda. Bwimba finit par accorder la main de sa soeur au roi du Gisaka.

Rwobe enceinte, dépêcha un message à son frère: elle exigeait qu'un « sauveur » se sacrifiât pour le Rwanda . La mère et l'oncle refusèrent de tenir leur promesse. Bwimba décida de se sacrifier lui-même pour éviter que le Rwanda ne fût conquis par le Gisaka. Le jour même où il décida de partir, sa femme accoucha d'un fils, le futur roi Cyirima.

Bwimba entra au Gisaka et envoya un message à sa soeur lui signifiant qu'il était temps de mourir pour le Rwanda. Lui-même alla au devant des chasseurs de Kimenyi et s'empara du gibier qu'ils avaient capturés. Kimenyi, furieux, blessa de sa propre lance son beau-frère qu'il n'avait pas reconnu. Bwimba en mourant révéla son identité en s'écriant: « Je vaincs le Gisaka, c'est pour cela que je suis venu. »

Robwe se jeta du haut de la cloison de la hutte sur le tambour royal; elle mourut avec l'enfant qu'elle portait.




LA MORT DE RUGANZU BWIMBA ET DE SA SOEUR RWOBE

récit de Gakanisha (traduction: A. Coupez et Th.Kamanzi, op.cit.p. 103)



Ruganzu de son côté continue de se diriger vers la région où Kimenyi est allé chasser. Quand il rencontre Kimenyi et son escorte qui reviennent de la chasse, - ils les rencontre alors qu'ils transportent une file d'animaux – il les leur fait déposer à terre et y plante sa lance, disant: « Par ma vie, l'animal est à moi, c'est moi qui ai chassé, qui ai levé le gibier ». Quand il entreprend d'arrêter l'équipage de Kimenyi, Kimenyi se met en colère, disant: « Quel est cet homme qui arrête mon équipage alors que je suis dans mon pays?» Accélérant la marche, dépassant les autres, il trouve Ruganzu, sa lance fichée dans l'animal, il brandit sa lance, la lâche de sa main, l'en frappe au mamelon. Au moment où Ruganzu va tomber – il tombe en mettant la main dans son sang et répand celui-ci parmi les Gisaka – il dit: « Je suis Ruganzu Bwimba, je vaincs l'Igisaka, c'est pour cela que je suis venu. » Kimenyi est fort affligé; il dit: « Si du moins vous m'aviez dit que c'était Ruganzu; si du moins ceux qui le connaissent me l'avaient dit! » Les autres répondent: « Personne ne le connaît » Alors il se résigne. Quand Kimenyi s'y est résigné, les gens de Ruganzu emportent celu -ci, mais ils emportent un homme à bout de forces. Ils le mettent sur un palanquin,ils traversent le lac avec lui. Quand ils l'ont ramené chez lui, il y a succombé.


Quand à Robwe, elle se trouve dans son enclos, chez son mari. Tout en remontant, Kimenyi marche joyeux, avec l'intention de calmer la colère de sa femme, de façon qu'elle ne se fâche pas contre lui parce qu'il a tué son frère. Comme il arrive donc en parlant à haute voix, en disant que Rukuruka est à elle et que l'Igisaka est à elle, Robwe s'assied à l'entrée du lit, elle cherche comment se comporter, elle se met à insulter Kimenyi parce qu'elle n'attend plus rien de lui. « Puisse, dit-elle, son trône être fendu à coups de hache, puisse-t-il vivre autant de jours que l'hyène le désire, puisse-t-il passer autant de jours qu'en passe la rosée! Elle est, dit-elle, une fille des Abanyiginya, elle vainc l'Igisaka pour qu'il ne puisse plus introniser de roi qui s'appelle Kimenyi! » Tandis qu'elle dit cela, la colère la fait monter sur les cloisons qui sont placées dans les maisons. Quand elle arrive à leur sommet, elle en tombe brusquement et elle s'abat sur le sol. Il se fait qu'on a placé sous elle un tambour: elle tombe sur le bord de celui-ci et se casse en deux morceaux. L'enfant qui est dans son ventre tombe. Kimenyi est absolument frappé de stupeur, il dit: « Le malheur que j'ai subi aujourd'hui est terrible! »

 

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Par Scholastique Mukasonga
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