scholastique_mukasonga@yahoo.fr


Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /2008 18:14

Comme je l'ai raconté dans mon livre Inyenzi ou les Cafards, les rares Tutsi étudiants et fonctionnaires furent,  en 1973, chassés des administrations ou des écoles et durent s'exiler pour échapper à la mort dont les menaçaient leurs collègues ou camarades hutu.

C'est ainsi que j'ai dû, avec beaucoup d'autres, me réfugier au Burundi. J'ai pu y achever, à Gitega, mes études d'assistante sociale, violemment interrompues à Butare.

Pourvue de mon diplôme, j'ai été engagée dans un projet UNICEF-FAO. Je travaillais auprès des paysannes des environs de Gitega pour lutter contre la malnutrition des enfants et améliorer l'hygiène.

L'une des réalisations qui me tient le plus à coeur, quand j'y repense aujourd'hui, fut de faire fabriquer des filtres à eau par les potiers Batwa.

Les Batwa sont, au Burundi comme au Rwanda, une catégorie de la population qui a été malheureusement longtemps marginalisée et méprisée. Ils sont pour la plupart spécialisés dans la poterie qu'ils troquent  ou vendent sur les marchés. Cependant, certains, à la cour royale du Rwanda, occupaient des positions importantes: ils étaient les maîtres à danser. Les Batwa, mis à l'écart, étaient pourtant des artisans indispensables. Ils étaient, avant l'arrivée de la vaisselle made in Hong Kong, les seuls fournisseurs d'ustensiles ménagers. Comment, sans les potiers Batwa, aurait-on pu se procurer les cruches pour aller chercher de l'eau, faire cuire les aliments et conserver la bière?

Mon filtre à eau donc ressemblait à un couscoussier. Il comprenait une sorte de crible à travers lequel l'eau s'écoulait lentement dans la poterie où deux couches de graviers et une couche de charbons de bois devaient retenir les impuretés. 

Je travaillais avec deux grouoes de Batwa qui m'accueillirent avec beaucoup de gentillesse et surent parfaitement réaliser le filtre à eau que j'avais imaginé.  Quelle satisfaction c'était pour moi, jeune assistante sociale, d'avoir intégré ces Batwa si méprisés à un projet de développement!


La technique de la poterie
 
Au Rwanda comme au Burundi, ce sont les femmes qui sont les potières. Les hommes sont chargés de l'extraction et du transport de la terre argileuse. Tout le reste revient aux femmes.

La glaise mélangée à du sable est foulée aux pieds. La technique utilisée pour la fabrication des pots est celle dite du colombin. La potière superpose les boudins d'argile et les égalise avec  une spatule, un morceau de calebasse. Les parois extérieures, encore humides , sont décorés de motifs à l'aide d'une petite tresse de jonc.

Les pots sont mis à sécher, environ une semaine, tantôt à l'hombre, tantôt au soleil. La cuisson se fait la veille du marché. On fait d'abord brûler des herbes sèches à l'intérieur des pots pour éviter une trop grande différence de températures entre l'intérieur et l'extérieur. On entasse les poteries sur un lit fait de branchages ou de pierres et de vieilles poteries. On les recouvre d'herbes sèches. La cuisson dure une à deux heures.

La potière sort chaque pot du foyer avec une longue perche et les asperge d'eau mélangée avec de la cendre.

Les pots seront portés au marché le lendemain pour y être vendus ou échangés.


  undefined
 Dans un village Batwa.


pi--ce-ident---yaya060.jpg
...


pi--ce-ident---yaya061.jpg
Finition des poteries.


pi--ce-ident---yaya062.jpg
...

pi--ce-ident---yaya063.jpg
Cuisson des poteries.

pi--ce-ident---yaya064.jpg
Départ pour le marché.

Ces photos ont été prises par Claude Guillet au cours d'enquêtes orales effectuées au sein du Centre de Civilisation Burundaise au début des années 80.

Par Scholastique Mukasonga
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés