Jeudi 30 mars 2006
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Commémoration du génocide
En ces jours de commémoration du génocide, je propose à tous ceux qui ne veulent ni ne peuvent oublier, quelques photos de l'église de Nyamata et le témoignage d'un réscapé recueilli par l'association African Rights jamais publié en France.
Je voudrais y joindre mes larmes.
Scholastique Mukasonga
LE MASSACRE DE L'EGLISE DE NYAMATA
Témoignage de Filipo Kayitare, berger à Kanzenze, interviewé à l'hôpital deNyamata, le 2 juin 1994, par l'organisation African RIghts, publié dans Death, Despair and Defiance, African Rights, London, september 1994, pg. 218-220.
Les hommes qui ont essayé de résister aux tueurs sur la colline Kayumba tandis que lesfemmes, les enfants et les vieillards se réfugiaient dans l'église de Nyamata, sont repoussés eux aussi vers l'église par l'intervention des militaires.
... J'étais de ceux que les militaires repoussaient vers la commune. Quand nous sommes arrivés à la commune, les militaires se sont mis à tirer au dessus de nos têtes.
Soudain, ils se sont mis à nous tirer dessus. Trois d'entre nous ont été tués. Tout le monde alors s'est précipité dans l'église en espérant qu'ils ne nous toucheraient pas en présence du prêtre européen. Nous nous sommes entassés dans l'église, le plus qu'on a pu. Il y avait des milliers de gens à l'intérieur. Certains s'étaient couchés sous les bancs. Il en restait des milliers dehors.
Le lendemain, les gens se sont mis à rechercher de quoi manger. On est allé dans les champs de patates douces du curé pour chercher quelque chose à manger. On en a trouvé quelques unes, déterrées, que l'on a mangées, crues, tout juste de quoi subsister ce jour là. Le soir, le bruit a couru que le prêtre allait nous porter assistance mais nous n'avons rien vu venir. Il s'est formé un comité de responsables au sein des réfugiés [ de l'église]. C'est par eux qu'on a appris que le sous-préfet avait donné l'ordre de n'apporeter aucune aide aux réfugiés.
Le quatrième jour, le comité a annoncé que le prêtre avait demandé de recencer les réfugiés par secteur d'origine afin de distribuer de l'aide. Le curé blanc a commencé à faire un long sermon sur le fait qu'il n'avait pas grand chose à nous donner mais, a-t-il dit, " Je vais partager ce que j'ai.De toute façon, on va vous tuer!" Il nous a dit alors que, dans les autres églises, tous ceux qui s'y étaient réfugiés avaient été massacrés. Il a distribué ce qu'il avait apporté au comité. Chacun a reçu un peu de riz et de haricots.
Le lendemain, le comité a distribué encore un peu de nourriture et les gens sont allés faire la cuisine à l'extérieur. Quelques réfugiés qui avaient amené leurs vaches avec eux, ont décidé de les abattre. Je ne sais pas ce qui est passé dans la tête des interahamwe; en tout cas, ils sont arrivés avec des militaires. Les militaires ont commencé à tirer et tout le monde s'est précipité à l'intérieur de l'église. Ceux qui étaient restés dehors ont été tués. Les assaillants ont renversé toute la nourriture que l'on préparait dehors et sont repartis.
Le sixième jour, les interahamwe et les militaires sont à nouveau intervenus à cause de quelques réfugiés qui avaient eu l'audace de faire paître leurs vaches derrière l'orphelinat. Ils ont tiré sur ces gens et se sont emparés de leurs vaches.Notre famille avait deux vaches et un jeune garçon qui s'appelait Kalisa les gardait avec moi. Kalisa a été tué.Le septième jour, le prêtre blanc est parti dans sa voiture, en plein jour.
C'est le huitième jour qu'est survenue la catastrophe. Vers 11 h., sont arrivés les militaires et les interahamwe. Parmi eux, il y avait même des femmes. Quelqu'un a lancé je ne sais quoi à travers la porte. Aussitôt s'est élevé un nuage qui nous afait tousser et reculer. Les yeux brûlaient comme si c'était du poivre. Alors les tueurs sont entrés. Les jeunes gens qui n'avaient rien pour se défendre ont arraché des morceaux de bancs pour les jeter contre les assaillants. Aussitôt les militaires ont abattus les jeunes gens. C'était une énorme cohue d'interahamwe et, parmi eux, il y avait des femmes, il y avait nos voisins.Et ils se sont mis à massacrer à la machette, rien qu'à la machette, à la machette...
Il leur a fallu du temps pour arriver jusqu'à moi. Celui qu'on avait découpé juste devant moi m'est tombé dessus. J'étais couvert de sang et ils ont cru que j'étais mort. Plus tard, les interahamwe sont revenuspour récupérer l'argent des victimes. Ils m'ont retourné pour fouiller mes poches. C'est alors que j'ai réalisé que j'étais encore en vie. J'ai reçu des coups de machette. Ils m'ont tailladé le visage et une jambe, au dessus du genou. Je suis resté sans bouger comme si j'étais mort. Lorsque j'ai ouvert les yeux, il faisait noir.
Quand la lumière du jour est revenue, je me suis souvenu de l'endroit dans l'église où était mes parents. J'y suis allé. Ils avaient été tués. En déplaçant leurs corps, j'ai vu émerger, sous le cadavre de ma mère, ma petite soeur, saine et sauve! Qu'elle ne soit même pas blessée m'a semblé un miracle. Je l'ai tirée de là et nous sommes allés nous cacher à la maternité. Il me semblait qu'il n'était pas possible de tuer les femmes enceintes et les nouveaux nés [...]
Les rescapés qui ont cru trouver refuge à la maternité seront massacrés le lendemain matin avec les femmes en couches et les bébés...Le témoin réussira encore à s'échapper.
Traduction Claude Guillet
Eglise de Nyamata
L'église de Nyamata est devenu aujourd'hui un Mémorial du génocide. Les réscapés ont dû beaucoup se battre pour quelle ne soit pas rendue au culte comme le réclamait la hiéarchie catholique. Dans une crypte, un ossuaire présente les crânes soigneusement entassés. Le toit de tôle est constellé de tâches lumineuses : se sont les impacts des balles et des grenades. Contre le mur de briques, à gauche de l'autel, la Vierge de Lourdes au voile rougit de sang veille sur les banc désormais vides. Elle aussi, c'est une récapée. Ailleurs, dans beaucoup d'églises, les tueurs ont brisé les statues de la Vierge. On lui avait donné, estimaient-ils, le visage d'une Tutsi. Ils ne supportaient pas son petit nez trop droit.
Extait "Inyenzi ou les Cafards", Gallimard , continents noirs
Eglise de Nyamata
C'est dans les marais que, pendants 40 jours, les derniers survivants de Nyamata tenteront d'échapper à la traque quotidienne des tueurs. Ils seront sauvés le 14 mai par l'arrivée de l'Armée patriotique rwandaise.
Les marais de la Nyabarongo
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