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Jeudi 23 novembre 2006 4 23 /11 /Nov /2006 21:57

                                                          Cyangugu juin 1994

  A Nyamata, le 14 mai 1994, les rares rescapés tutsi du génocide (un peu plus de 5000 sur 60 000) sortaient des marais où, depuis plus d'un mois, ils se terraient pour échapper à la traque quotidienne des assassins. Les génocidaires prenaient la fuite. Ce n'était pas l'armée française qui venait de libérer les rescapés, l'armée française qui, quelques semaines plus tard, serait acclamée comme des alliés attendus par ces mêmes assassins. Non, les libérateurs, ceux qui les armes à la main, ont mis fin au génocide, ce sont les soldats de l'Armée patriotique rwandaise  commandée par Paul Kagamé.

  Les rescapés du génocide peuvent-ils imaginer qu'on intente un procès à celui qui les a sauvés d'une mort atroce? N'est-ce pas les mettre eux aussi au banc des accusés?

  Ceux qui ont lu mon livre savent bien que le génocide n'a pas commencé au soir du 6 avril 1994. Il se met en marche dès 1959. Le massacre final des Tutsi était inscrit dans l'idéologie raciste sur laquelle se fondait les régimes hutu, que ce soit celui de Kayibanda ou celui d'Habyarimana. Pendant plus de trente ans , on a traité les déportés de Nyamata de sous-hommes, de cafards, d'Inyenzi qu'il était loisible d'écraser comme des bêtes nuisibles.

  Pour sauver l'honneur de l'armée française, on a condamné au bagne un innocent: il s'appelait Alfred Dreyfus. Pour sauver l'honneur compromis de l'armée française, on tente de déstabiliser un pays qui a besoin de tous les siens pour se reconstruire. 

Je suis  Française tout autant que Rwandaise. Cette langue française que j'ai employée pour donner une voix à ceux qui sont tombés dans les églises ou les marais de Nyamata, je ne veux pas qu'elle devienne celle des négationistes et des génocidaires.

                                           

                                                                                                 Scholastique Mukasonga

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Dimanche 22 octobre 2006 7 22 /10 /Oct /2006 15:08

Journal trimestriel édité par le Centre régional des Lettres de Basse-Normandie
                                                                      n.36/ Oct 2006

 

                                          Livre / échange

 

 

 

Les Jeudis littéraires du CRL
Rencontre avec
Scholastique Mukasonga
 
L'auteure publie Inyenzi ou les cafards chez Gallimard. Un témoignage bouleversant sur le génocide rwandais. Elle est notre invitée le 26 octobre. Entretien.
 
Scholastique Mukasonga prépare un second ouvrage consacré aux Rwandaises.
 
 

Scholastique Mukasonga est grave, droite. Elle rit. Et chaque rire, rescapé de la barbarie, désigne sa force, celle qui lui a fallu conquérir pour survivre et porter la parole des siens disparus lors du génocide rwandais. Sa famille de sang mais aussi tout son peuple, les Tutsis. Pour mener à bien ce devoir de mémoire, l'écriture est sa meilleure alliée. Depuis la parution en février dernier d' Inyenzi ou les cafards , il est désormais interdit de dire que l'on ne savait pas.
CRL: Quand avez-vous commencé à écrire ? Comment est né ce livre ?

Scholastique Mukasonga :
Je l'ai écrit de façon spontanée, normale. J'ai commencé à écrire pendant le génocide. Je l'ai appris en 1994 , j'étais à Hérouville Saint-Clair alors. Je ne me suis pas fait d'illusions. Je me suis dit que ce qui était attendu était en train de se produire. C'était fini. Il fallait que je sois forte. Et j'ai eu peur de perdre la mémoire, de péter les plombs. C'était tellement grave, tellement catastrophique. Alors je me relevai la nuit pour écrire dans mon cahier. Il était toujours là, au pied de mon lit. Mais je ne songeais pas encore à un livre. Et puis, je travaillais aussi beaucoup pour mon association d'aide aux orphelins du génocide rwandais.
CRL : Vous n'êtes pas retournée tout de suite au Rwanda ?
S. M. : Non. Depuis 1995, chaque année, je me disais : je vais y aller. Mais je reculais l'échéance. Je trouvais toujours un prétexte. Et j'avais ce poids sur les épaules. Je n'étais plus Scholastique. Je devenais toute cette famille. J'agissais au nom de cette famille. Il fallait que je sois à cent pour cent sûre d'en revenir intacte. J'y suis retournée dix ans après, en 2004. Vous savez cette année-là, les médias en ont beaucoup parlé. Beaucoup de choses allant vers la reconnaissance du génocide ont été dites. Ça m'a donné une force incroyable, comme une autorisation. Et j'y suis allée.
CRL : Est-ce là que le livre prend vraiment forme ?

S. M. :
Le devoir d'écrire s'est imposé immédiatement. Face à face avec la réalité, j'ai réalisé que j'étais mortelle. Je n'avais pas mesuré l'importance de la mémoire. Qui allait être capable de raconter cette histoire ? Aujourd'hui, à Nyamata [NDLR : le village où la famille de l'auteure et d'autres familles tutsi ont été déportées. ] on peut nous compter sur les doigts. Il y avait quatorze villages où n'habitaient que des gens déportés. Aujourd'hui, il n'y a plus rien. Que la brousse sauvage. Il n'y a personne. Si vous affirmez qu'il y a eu des gens là, on vous prend pour une folle. Je détenais la totalité de l'histoire et personne d'autre ne pouvait faire ce travail. Je voulais rentrer très vite en France pour écrire.
CRL : L'écriture d' Inyenzi n'a-t-elle pas été une épreuve pour vous ?

S. M. :
J'avais un souci très important. Je voulais une écriture digne de ma famille, de mes disparus. Je ne voulais pas que ce soit bâclé. J'ai été privilégiée. J'ai eu accès à l'enseignement. Ce ne fut pas pesant. J'étais dans le personnage de la petite fille, de l'adolescente. Ce n'était pas une souffrance. Il fallait leur faire un beau travail, porter leur parole. Je me le devais. Il fallait conserver cette mémoire. Je repensais à tous ceux du village qui n'avaient pas pu aller à l'école. Je voulais montrer que Mukasonga était capable de faire quelque chose de valable. Chaque fois que je terminais une page, je me disais que Cosma, mon père, devait être fier de moi, que j'étais une enfant digne.
CRL : Vous avez pu aller à l'école. Vous êtes partie au Burundi ensuite. Vous écrivez avoir été choisie avec votre frère pour survivre.

S. M. :
C'est à la fois une culpabilité et une injustice. Culpabilité parce que je me demande : pourquoi ais-je été choisie ? Nous étions cinq s?urs. Pourquoi moi ? Injustice aussi : pourquoi est-ce moi qui doit rester à souffrir ? Quand Gallimard a accepté le livre, j'ai pensé : c'est donc justifié. J'ai bien fait. Ils avaient raison. Ce livre m'a donné une place que je n'arrivais pas à avoir jusque-là. Cela a légitimé mon existence. Ça me donne une force pour continuer le combat.

Propos recueillis par Nathalie Colleville

Inyenzi ou les cafards de Scholastique Mukasonga, Gallimard, 2006.

 

Les Jeudis littéraires du CRL  : rencontre avec Scholastique Mukasonga, le 26 octobre à partir de 19h au Café des images à Hérouville Saint-Clair.

Le débat sera suivi de la projection du film de Michael Caton-Jones, Shooting Dogs .

Entrée libre pour le débat. Tarifs du Café des images pour le film.

.
 

Merci au Centre régionale des lettres de Basse-Normandie et tout spécialement à Nathalie Colleville

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Dimanche 8 octobre 2006 7 08 /10 /Oct /2006 18:32

On m'a demandé ma participation à un ouvrage de photographie sur les banlieues. Voici la présentation du livre qui est annoncé pour le 1er décembre 2006.

                                  Cliquez ici

                             http://www.archibooks.com/img/PDF/CP-les-chemins-de-la.pdf

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Dimanche 24 septembre 2006 7 24 /09 /Sep /2006 11:50

                                                         

                                                    

                                  

   En juin et juillet 1954, Rakiya Omar et Alex de Wall de l'association African Rights recueillaient au Rwanda de très nombreux témoignages de rescapés du génocide. Ces témoignages furent publiés dès le mois de septembre de cette même année et dans un ouvrage intitulé : Rwanda  : Death, despair and défiance.
Ce livre pourtant essentiel n'a jamais été traduit en français ni publié en France.
Je donne ici la traduction de deux témoignages : l'un concernant le massacre de l'église de Nyamata et l'autre celui de l'église de Ntarama, succursale de Nyamata.
J'y joins quelques photos de l'église de Ntarama prises en 1996.

                    

                    

                    
      Inhumation de victimes du génocide à Nyamata le 14 septembre 1994


               

                                  

                                    Sommaire

                                   Cliquez ici

                               Le massacre de l'église de Nyamata

  Témoignage de Philipo kayitare, berger à Kazenze, interviewvé à l'hopital de nyamata, le 2 juin 1994, par l'organization African Rights publié dans Death, Despair and defiance, African Rights, London September 1994. page 218-220.

                                         Cliquez ici

                                             suite

                               Le massacre de l'église de Ntarama

   Beata Niyoyita, une simple paysanne, a donné aux enquêteur d'African Rigths un tétémoignage très précis sur ce qui s'est passé dans l'église de Ntarama, succursale de la paroisse de Nyamata. (African Rights, op. cit., pages 209-214)

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                                             suite

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Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 16:10

 Rwanda 1950, un royaume chrétien? 

    

   Il y a quelques jours, je suis tombée par hasard, sur un vieux numéro de la revue Grands lacs, datés du 15 septembre 1950.
   Ce numéro spécial de la revue des Pères blancs célèbre avec un triomphalisme qui paraît aujourd'hui insupportable le cinquantenaire de l'introduction du catholicisme au Rwanda.

   Je me pose la question : y a-t-il encore un dieu pour un Rwandais après le génocide? Nos croyances traditionnnelles ont été éradiquées par les missionnaires et l'autorité coloniale. Les représentants du dieu des chrétiens n'ont pas empêché le génocide : c'est dans les églises qu'ont a tué  les femmes et les enfants. Beaucoup de Rwandais se réfugient aujourd'hui auprès des évangélistes venus des etats-unis.
   Quel dieu peut encore revenir chaque nuit dormir en paix au Rwanda?

 

   Pour servir de contexte aux extraits de la revue que je vous propose, d'abord quelques citations et précisions empruntées à l'ouvrage de Jean-Pierre Chrétien, L'Afrique des grands lacs.
D'abord Mgr. Lavigerie, évêque d'Alger et fondateur des Pères Blancs en1869:

   J'ai en face de moi un continent de deux cent millions d'êtres humains dont je me demande chaque jour si nous devons en faire des hommes, des chrétiens, ou si nous les laisserons, pour des siècles, à l'état de bêtes sauvages. ( op. cit. p. 1)

  Le rêve d'une Afrique chrétienne de Mgr. Lavigerie est mis en application au Rwanda par Mgr. Classe dans sa lettre pastorale du 16 juillet 1927:

 

"Il s'agit de savoir si l'élite dirigeante sera pour ou contre nous: si les places importantes dans la société indigène seront pour les catholiques ou non; si l'Eglise aura, par l'éducation et la formation de la jeunesse, l'influence prépondérante dans le Rwanda."

 

   On ne tarde pas à tout mettre en oeuvre pour établir au Rwanda cette influence prépondérante de la religion catholique.

novembre 1931- Le roi Yuhi Musinga, réticent à l'influence des blancs est déposé et remplacé par son fils Rudahihgwa sous le nom dynastique de Mutara.

1943- Le roi Mutara Rudahihgwa est baptisé sous trois   prénoms: Charles (comme Lavigerie et le prince royal de Belgique), Léon (comme Mgr.Classe) et Pierre (comme le gouverneur général du Rwanda-Urundi Ryclemus)

septembre 1946- Le roi Mutara consacre le Rwanda au Christ-Roi.

1950-Célébration du cinquentenaire de l'évengélisation du Rwanda.

   Voici donc quelques extraits et photos de la revus Grands lacs. Si vous avez la patience de les lire, réagissez!

  

 Autour d'un jubilé  par + Mgr L.Deprimoz
                                     Vicaire apostolitique du Ruanda

 

                                   Cliquez ici

                                                                    Suite

Lettre du Roi du Ruanda sur le Cinquantenaire de la Mission 

 

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                                                              Suite

 

 Photos illustrés       

 

                               photo 1

                              photo 2

                              photo 3

 

 

 

 

  Une étape : Le roi Mutara Rudahigwa reçoit une distinction pontificale.

 

 

 

 

 

 

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