Samedi 25 novembre 2006
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Nyamata: les massacres de mars 1992
La répétition générale
L'attentat perpétré contre le président Habyarimana au soir du 6 avril 1992 n'est évidemment pas la cause du génocide. Déjà, en mars 1992, le Bugesera dont Nyamata est le petit centre urbain servit de champ d'expérimentation au génocide qui devait avoir lieu deux ans plus tard. Dès l'offensive du FPR, en octobre 1991, la radio nationale et la presse à son service accusent les jeunes gens du Bugesera de rejoindre les rangs de l'Armée patriotique rwandaise qui combat pour le retour des réfugiés et la démocratisation. Le bourgmestre de la commune Kanzenze, ainsi qu'on appelait alors le district de Nyamata, Fidèle Rwambuka, fait procéder à l'arrestation de 28jeunes gens qui sont amenés au camp militaire de Gako. Huit d'entre eux n'en reviendront pas. Les services communaux distribuent des tracts contenant des menaces de mort contre les Tutsi. Pour faire monter encore la tension, des mines sont placées sur les routes faisant quatre victimes.
Le trois mars 1992, la radio nationale diffuse à cinq reprises un communiqué dénonçant un complot tutsi visant à à assassiner des personnalités hutu. C'est dans la nuit du 3 au 4 mars que débutent les massacres des Tutsi. Une partie de la population, encadrée par des miliciens venus en minibus de Kigali, pille, brûle les huttes des Tutsi et massacrent les habitants dans des conditions atroces. Des soldats de la garde présidentielle participent à la tuerie. Les massacres dureront jusqu'au 9 mars et feront 277 victimes. Environ 15000 personnes ont fui leur domicile et se sont réfugiés dans les paroisses , les écoles et les centres de santé. Dans la nuit du 9 au 10 mars, une volontaire italienne, Mlle Antonia Loccatteli, au Rwanda depuis vingt ans, est tuée par un gendarme pour avoir averti par téléphone plusieurs correspondants, à Kigali et à l'étranger, des événements du Bugesera.
Ce n'est que le 6 mars, sous la pression des représentants des missions diplomatiques, que des renforts militaires furent envoyés pour rétablir l'ordre. 448 personnes furent arrêtés mais ni le bourgmestre Rwambuka ni le sous-préfet Seganika, organisateurs des massacres, ne furent inquiétés. La plupart des inculpés furent relâchés, dès le mois d'août 1992, par le tribunal de première instance de Kigali pour vice de procédure. Au Bugesera, tout était en place pour la solution finale.
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J'ai retrouvé dans mes vieux papiers quelques documents de l'époque. Peut-être aurez-vous le courage de les déchiffrer?
- communiqué commun des associations de défense des Droits de l'Homme publié à Kigali le 10 mars 1992;
- rapports du Comité de défense des Droits de l'Homme et de la Démocratie au Rwanda, 15 avril 1992, 4 juillet 1992, 18 juillet 1992, 17 septembre 1992;
- deux articles du journal bruxellois Le Soir du 10 et 11 mars 1992.
Le bourgmestre de la commune, Fidèle Rwambuka, apparaît bien comme le principal organisateur des massacres. Suspendu en février 1993 suite à un rapport de la FIDH, il est mystérieusement assassiné dans la nuit du 21 au 22 août 1993. Sans doute en savait-il trop. Ses obsèques, le 23 août, rassemblent la plupart des autorités et des extrémistes hutu.
Je parle de Rwambuka dans mon livre (p.96-97). Il était le camarade de collège de mon frère André à Zaza. Il s'était fait le défenseur de mon frère plus petit. Ma mère ne tarissait pas d'éloges sur ce gentil garçon...
DOCUMENT BUGESERA 1992
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